ISTHIA

Institut Supérieur du Tourisme de l'hôtellerie et de l'Alimentation

Par Juliane Boistel, le 13/04/2026

Parcours d’étudiante et immersion de terrain :

Parcours d’étudiante et immersion de terrain

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Hélène, je suis actuellement étudiante en Master 2 Tourisme et Développement. Cette année, j’effectue mon stage à l’ISTHIA – Université Toulouse – Jean Jaurès, où je travaille sur les questions de médiation en montagne*.

Avant d’intégrer ce master, j’ai suivi une licence d’Archéologie et d’Histoire de l’Art. J’ai ensuite ressenti le besoin de m’orienter davantage vers des problématiques de terrain, en lien avec le monde rural et les territoires de montagne, qui constituent des environnements avec lesquels j’ai toujours entretenu un lien fort.

« Une formation ancrée dans les enjeux contemporains des territoires »

Le Master Tourisme et Développement (TD) forme les étudiants à analyser, concevoir et accompagner des projets territoriaux, en croisant approches académiques et mises en situation concrètes. L’atelier terrain, qui ponctue la formation, en constitue un temps fort : il place les étudiants en position de réponse à une commande réelle, en lien direct avec des acteurs publics.

*Le Commissariat de Massif des Pyrénées et l’ISTHIA – UT2J animent actuellement une dynamique pyrénéenne pour accompagner la structuration d’une réponse à échelle du massif pyrénéen en matière de médiation en montagne.

DE L’EXPéRIENCE PERSONNELLE à L’OBJET DE RECHERCHE

Votre mémoire de Master 1 s’inscrivait déjà dans ces thématiques…

En effet, mon mémoire portait sur l’itinérance pédestre dans les territoires isolés de montagne, à partir d’un cas d’étude situé en Ariège. J’y analysais en quoi ces pratiques pouvaient constituer un levier de redynamisation territoriale.

« Comment un simple outil de tourisme peut générer de la plus-value pour le territoire. »

J’ai abordé cette question sous plusieurs angles : les dimensions culturelles de l’itinérance, les outils numériques tels que les applications de randonnée, ainsi que les enjeux de communication et de formation. L’idée était de montrer qu’une pratique touristique en apparence simple peut, en réalité, produire des effets structurants pour ces territoires, notamment en contribuant à attirer et maintenir des populations plus jeunes.

Qu’est-ce qui a motivé ce choix de sujet ?

Il s’agit d’une réflexion profondément liée à mon parcours personnel.

« C’est une question que je me pose depuis petite. »

Ayant grandi dans des territoires plutôt isolés, j’ai été confrontée à des réalités très concrètes : éloignement des services, faiblesse des infrastructures, difficulté d’accès à certaines ressources. Ce travail a été une manière de structurer ces questionnements.

Sur quoi porte votre travail actuel en stage ?

Je travaille sur la médiation en montagne dans les Pyrénées françaises. Il s’agit d’un sujet relativement récent, qui s’est structuré à la suite de la crise sanitaire, avec l’augmentation de la fréquentation de ces espaces et l’arrivée de publics moins familiarisés avec leurs spécificités.

Ma mission consiste d’abord à établir un état des lieux des pratiques existantes, avant de contribuer à une réflexion plus globale sur leur structuration à l’échelle du massif.

UN ATELIER TERRAIN INSCRIT DANS UNE DéMARCHE PROSPECTIVE

Pouvez-vous revenir sur l’atelier terrain mené cette année ?

Nous avons été sollicités par le Conseil départemental de l’Ariège, via le Conseil économique, social et environnemental (CESEA)* , dans le cadre d’une réflexion prospective intitulée « Ariège 2050 ».

La commande était volontairement ouverte, ce qui nous a conduits à définir nous-mêmes notre angle d’approche.

« On n’avait pas plus de commandes. C’était très libre. »

*En savoir plus sur ce « challenge territorial ».

Quel a été le positionnement de votre groupe ?

Nous avons choisi de travailler sur le patrimoine culturel immatériel, en lien avec la jeunesse.

Penser l’avenir du territoire sans intégrer ces publics ne nous paraissait pas pertinent : ce sont eux qui feront vivre ces dynamiques à long terme.

Le patrimoine culturel immatériel recouvre l’ensemble des pratiques vivantes d’un territoire : langues, traditions orales, savoir-faire, fêtes, gastronomie. Souvent moins visible que le patrimoine bâti, il constitue pourtant un levier essentiel d’identité et de transmission. L’enjeu est précisément de le rendre accessible et vivant, notamment pour les jeunes générations.

« Penser à 2050 sans penser aux jeunes, ce n’était pas possible. »

Comment avez-vous procédé pour traiter ce sujet ?

Notre travail s’est organisé en plusieurs étapes.

Nous avons d’abord réalisé un cadrage du sujet, puis conçu deux ateliers participatifs, pensés comme des outils d’enquête.

« On avait absolument carte blanche sur la manière de conduire notre étude. »

Le premier a été mené auprès d’étudiants en BTS Tourisme, afin de recueillir le regard de jeunes adultes. Le second a réuni des acteurs du territoire — enseignants, professionnels de la culture, de l’éducation ou porteurs de savoirs locaux.

Chaque atelier répondait à des questionnements précis, définis en amont, et visait à produire des matériaux d’analyse directement exploitables.

Quelles ont été les principales productions issues de cet atelier ?

À partir des éléments recueillis, nous avons élaboré un scénario prospectif* à l’horizon 2050, accompagné d’une série de propositions structurées sous forme de charte.

L’objectif était de projeter des pistes d’action concrètes, tout en assumant une part de fiction propre à l’exercice prospectif.

*Du 14 au 16 janvier, les étudiants du Master 2 TD ont participé à un séminaire intensif consacré à leur challenge territorial. Un temps fort pédagogique mêlant prospective, intelligence collective et expérimentation d’une méthode développée dans le cadre d’un projet européen transfrontalier (projet POCTEFA PITON). 

Pouvez-vous en donner quelques exemples ?

Plusieurs axes ont été développés.

Sur la mobilité, nous avons proposé de faciliter l’accès aux événements culturels dans les territoires les plus isolés, notamment par la mise en place de navettes reliant les pôles de transport.

Sur la transmission, nous avons envisagé une intégration renforcée du patrimoine local dans les pratiques éducatives : valorisation de la gastronomie, rencontres avec des acteurs de terrain, sensibilisation aux langues locales.

Nous avons également travaillé sur les conditions d’accès à la culture, en cherchant à concilier ouverture et ancrage territorial.

UNE EXPéRIENCE FORMATRICE, ENTRE AUTONOMIE ET ENGAGEMENT

Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

L’un des principaux apports réside dans l’autonomie qui nous a été accordée. Cette liberté nous a permis d’expérimenter différentes approches, de tester des formats d’animation et d’ajuster notre démarche au fil du projet.

« C’était un super moment d’apprentissage dans l’autonomie. »

Elle a également favorisé une appropriation progressive du sujet, y compris pour ceux qui ne s’y sentaient pas initialement légitimes.

Quelles différences avez-vous observées avec l’atelier de Master 1 ?

En Master 1, nous travaillions à l’échelle de toute la promotion, sur une commande très cadrée, avec un cahier des charges précis.

En Master 2, le travail en groupes restreints et la liberté laissée dans le choix des orientations permettent une implication différente. Le projet devient davantage un espace de construction que d’exécution.

« Là, il y avait de la créativité, de l’imagination. »

Quel rôle joue l’atelier terrain dans la formation ?

Il s’agit d’un exercice particulièrement structurant.

« C’est l’exercice le plus formateur que l’on peut avoir. »

Il permet de se confronter à des situations proches du cadre professionnel : travail collectif, interaction avec un commanditaire, production de livrables, gestion de contraintes.

« Un avant-goût de la vie professionnelle. »

Sur plusieurs mois, il offre un cadre propice à l’apprentissage en profondeur et à la mise en pratique des compétences acquises.

Zoom sur les résultats de l’atelier « Ariège 2050 »

 

Au-delà des démarches propres à chaque groupe, l’atelier terrain a donné lieu à une restitution collective structurée autour de plusieurs axes de réflexion complémentaires, offrant une lecture plurielle des enjeux d’attractivité du territoire ariégeois à l’horizon 2050.

Trois grandes thématiques ont ainsi été explorées par les étudiants : les imaginaires territoriaux, le patrimoine culturel immatériel et la jeunesse, ainsi que l’identité du territoire. Chacune a permis d’interroger les conditions de construction d’une attractivité durable, en articulant perceptions et dynamiques sociales.

Les travaux ont notamment mis en évidence le rôle central des représentations dans l’attractivité des territoires. Les étudiants ont ainsi questionné les écarts entre les images projetées — parfois idéalisées — et les réalités vécues, soulignant la nécessité de mieux accompagner les publics dans leur expérience du territoire, mais aussi de valoriser des récits plus ancrés dans les usages locaux.

La question de la transmission a également occupé une place importante, en particulier à travers les réflexions autour du patrimoine culturel immatériel. Les propositions formulées insistent sur l’importance de renforcer les liens entre les habitants, les acteurs locaux et les jeunes générations, en favorisant des formes d’appropriation plus directes : rencontres avec des professionnels du territoire, valorisation des savoir-faire, intégration dans les parcours éducatifs.

Par ailleurs, plusieurs freins structurels ont été identifiés, en particulier en matière de mobilité, d’accès à l’information et de lisibilité de l’offre. Ces constats ont conduit à formuler des préconisations visant à améliorer les conditions d’accès aux activités culturelles et touristiques, mais aussi à adapter les modes de communication aux usages contemporains.

Enfin, les étudiants ont proposé des pistes d’action concrètes : développement de dispositifs de transport adaptés aux événements, renouvellement des formats de médiation, ou encore mise en réseau des acteurs à l’échelle du territoire.

À travers ces travaux, l’atelier met en lumière une approche du tourisme et du développement territorial fondée sur la mise en dialogue des acteurs, la prise en compte des usages et une attention particulière portée aux dynamiques locales, autant d’éléments qui participent à penser les trajectoires futures du territoire.

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