ISTHIA

Institut Supérieur du Tourisme de l'hôtellerie et de l'Alimentation

Par Juliane Boistel, le 09/02/2026

Emmanuel Salim, géographe du tourisme et de l’environnement :

Comprendre les transformations du tourisme face à la disparition des glaciers

 

Maître de conférences en géographie à l’Université Toulouse – Jean Jaurès, rattaché au laboratoire UTOPI et responsable du Master 1 Tourisme et Développement à l’ISTHIA – UT2J, Emmanuel Salim voit aujourd’hui ses travaux publiés dans la revue internationale Nature Climate Change. Il revient sur son parcours, ses recherches et les enseignements que l’on peut tirer de l’évolution des pratiques touristiques en contexte de changement climatique.

Pouvez-vous vous présenter et préciser votre champ de recherche ?

Je suis Emmanuel Salim, Maître de conférences en géographie à l’Université Toulouse – Jean Jaurès, rattaché au laboratoire UTOPI, et enseignant-chercheur à l’ISTHIA – UT2J. Mes travaux portent principalement sur les liens entre changements environnementaux, pratiques touristiques et dynamiques territoriales, en particulier en montagne.

Je m’intéresse à la manière dont les acteurs touristiques s’adaptent aux impacts du changement climatique, mais aussi à l’évolution des perceptions et des comportements des pratiquants d’activités récréatives face aux transformations de l’environnement.

Quelles thématiques explorez-vous plus précisément dans vos recherches ?

Je travaille notamment sur l’évolution du tourisme de montagne, de l’alpinisme et des grandes stations de ski dans un contexte de réchauffement climatique, notamment dans les Alpes et les Pyrénées.

Je m’intéresse également à l’adaptation des refuges de montagne face au manque d’eau, ainsi qu’aux pratiques de baignade dans les espaces protégés de montagne, et à l’interaction entre le changement climatique et les caractéristiques physico-chimiques de l’eau et la santé des écosystèmes.

L’objectif est toujours de comprendre comment les transformations environnementales influencent les usages, les comportements et les stratégies territoriales.

Comment en êtes-vous venu à travailler sur ces questions ?

Cela vient en grande partie de mes pratiques personnelles en montagne. Avant d’être chercheur, j’étais moi-même très investi dans les activités récréatives de montagne comme l’escalade ou l’alpinisme.

Ces expériences m’ont conduit à m’orienter vers un master en géographie, puis à réaliser une thèse sur le tourisme autour des grands glaciers alpins en contexte de changement climatique. J’y étudiais comment l’évolution de la cryosphère transformait les paysages et, en retour, les dynamiques touristiques et les comportements des visiteurs.

Le tourisme n’était donc pas votre point d’entrée initial ?

Pas vraiment. Mon point de départ était l’évolution de la haute montagne : le retrait glaciaire, la dégradation du permafrost, l’ensemble des processus environnementaux associés.

En haute montagne, la grande activité humaine touchée par ces évolutions, c’est le tourisme.

Dans les territoires de haute montagne, le tourisme s’est rapidement imposé comme l’activité humaine principale affectée par ces transformations. C’est ainsi que je me suis progressivement spécialisé sur ces questions touristiques, qui constituent une composante importante du fonctionnement de ces territoires.

Vous publiez aujourd’hui dans Nature Climate Change. Pouvez-vous nous présenter cette recherche ?

Cet article, « Melting glaciers as symbols of tourism paradoxes » propose une mise en perspective internationale des dynamiques observées autour des glaciers dans un contexte de changement climatique.

Il s’appuie notamment sur mes travaux de thèse consacrés au tourisme glaciaire, mais aussi sur les recherches de plusieurs spécialistes mondiaux du domaine avec lesquels j’ai co-écrit l’article.

Le groupe d’auteurs, contacté et coordonné par Emmanuel : Emmanuel Salim, Alix Varnajot, Mark Carey, Karine Gagné, Gijsbert Hoogendoorn, Cymene Howe, Matthias Huss, Christopher J. Lemieux & Emma J. Stewart

Nous avons cherché à identifier les grandes tendances globales qui émergent lorsque les glaciers se retirent.

Pouvez-vous nous parler de ces grandes tendances ?

La première est l’augmentation paradoxale de la fréquentation touristique à mesure que les glaciers disparaissent, notamment dans l’Arctique, au Groenland ou en Amérique du Sud.

Ce phénomène s’inscrit dans ce que l’on appelle le last chance tourism : l’idée de venir observer ces paysages avant qu’ils ne disparaissent définitivement.

C’est un paradoxe : ce tourisme est alimenté par la disparition des glaciers et, dans le même temps, il participe à cette disparition.

Il existe toutefois un paradoxe fort, car ces destinations sont souvent lointaines et impliquent des déplacements fortement émetteurs de gaz à effet de serre, contribuant ainsi au processus même de disparition des glaciers.

D’autres formes de réactions sociales apparaissent-elles autour de ces paysages en transformation ?

Oui, on observe de plus en plus de formes de commémoration et de deuil écologique.

Des cérémonies de « funérailles de glaciers » sont organisées, comme celle du glacier Okjökull en Islande en 2019. Ces événements traduisent une prise de conscience collective face à la perte de ces éléments emblématiques du patrimoine naturel.

Les glaciers deviennent également des lieux de mobilisation environnementale et politique, notamment en Suisse, où certaines initiatives citoyennes ont contribué à soutenir des démarches législatives en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Comment les acteurs touristiques locaux s’adaptent-ils à ces transformations ?

À l’échelle locale, les stratégies observées sont majoritairement réactives. Il s’agit souvent d’aménagements techniques visant à maintenir l’accès aux glaciers sans réelle anticipation de la soutenabilité à long terme.

Dans certains cas, ces adaptations relèvent même de ce que l’on appelle la maladaptation, c’est-à-dire des stratégies qui augmentent la vulnérabilité des territoires ou des acteurs concernés.

Un exemple marquant est celui du Glacier Country en Nouvelle-Zélande, où l’accès aux glaciers est progressivement passé de la marche à pied au transport en hélicoptère. Ces investissements lourds enferment les acteurs dans des modèles économiques dépendants du tourisme international et des coûts énergétiques, réduisant fortement la résilience territoriale.

Le tourisme glaciaire peut-il néanmoins jouer un rôle de sensibilisation au changement climatique ?

La question reste scientifiquement débattue.

Certaines études montrent qu’une meilleure compréhension des paysages et de leurs dynamiques peut renforcer les intentions d’agir en faveur de l’environnement. D’autres indiquent au contraire que des dispositifs de médiation mal conçus peuvent semer le doute, voire minimiser la responsabilité humaine dans le changement climatique.

À ce stade, il n’existe pas de consensus scientifique clair sur l’efficacité réelle de ces pratiques comme levier de comportements pro-environnementaux.

Quelles perspectives de recherche ouvre votre publication ?

L’un des axes majeurs concerne l’avenir des zones désenglacées.

D’ici 2100, la perte de glace dans les Alpes pourrait atteindre entre 60 et 99 % du volume actuel.

D’ici 2100, les Alpes pourraient perdre entre 60 et 99 % de leur volume glaciaire actuel, faisant émerger de nouveaux écosystèmes fragiles. Ces espaces suscitent déjà des convoitises, qu’il s’agisse d’usages touristiques, énergétiques ou économiques.

Il devient essentiel de réfléchir à leur gouvernance, à leur protection et aux formes de développement qui pourraient s’y déployer.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Je coordonne un projet interdisciplinaire sur l’adaptation du tourisme en montagne dans les Pyrénées, réunissant géographes, chercheurs en sciences de gestion et écologues, avec deux doctorantes recrutées pour quatre ans.

Je mène également des recherches sur l’adaptation des refuges de montagne au manque d’eau, ainsi que plusieurs projets avec les parcs nationaux des Pyrénées et des Cévennes autour des pratiques de baignade en espaces protégés, en collaboration avec le laboratoire GEODE.

  • Cf. RefEAU, TraNaPac, REVEL

À l’échelle européenne, je collabore avec des équipes polonaises, autrichiennes et allemandes afin de croiser données de fréquentation touristique et données météorologiques pour anticiper l’évolution des flux dans les espaces naturels protégés.

  • Cf. Projet ACME-O

En quoi ces recherches font-elles écho au Master Tourisme et Développement que vous coordonnez à l’ISTHIA – UT2J ?

Le Master Tourisme et Développement se distingue par son approche territoriale du tourisme, envisagé comme une composante du développement local au sens large.

Mes travaux interrogent précisément les verrouillages socio-économiques qui freinent la transition des territoires touristiques, notamment en montagne.

Je retrouve chez les étudiants un fort intérêt pour les questions de durabilité, de gestion des flux, de transformation des modèles touristiques et de transition territoriale.

Nous développons d’ailleurs un projet européen Erasmus +, Clim-Tour, visant à intégrer dans les formations des compétences transversales en durabilité, digitalisation et entrepreneuriat afin de mieux accompagner la lutte contre le changement climatique, que ce soit en terme d’adaptation et d’atténuation.

Vous êtes également impliqué dans la structuration de la recherche sur la montagne ?

Oui, je suis directeur adjoint du Groupement d’Intérêt Scientifique Centre International des Montagnes du Sud (GIS CIMES).

Ce groupement, récemment créé, et installé sur le campus de FOIX, vise à fédérer les recherches sur les territoires de montagne dans l’espace euroméditerranéen, en associant plusieurs universités françaises autour de dynamiques scientifiques communes.

Que représente pour vous cette publication dans Nature Climate Change ?

Nature Climate Change est l’une des revues scientifiques les plus prestigieuses dans le champ du changement climatique.

Être sollicité directement par la revue pour écrire sur ces thématiques, relativement tôt dans ma carrière, représente une reconnaissance scientifique majeure.

J’ai choisi d’associer plusieurs spécialistes internationaux afin de proposer une synthèse collective, tout en portant l’écriture principale du manuscrit. Cela illustre la dimension collaborative de la recherche scientifique contemporaine.

© Couverture Nature Climate Change

ZOOM SUR LE MASTER TD

Le Master Tourisme et Développement (TD), proposé par l’ISTHIA – Université Toulouse – Jean Jaurès sur son campus de Foix, forme des professionnels capables de concevoir, conduire et accompagner des projets touristiques intégrés dans des dynamiques de développement territorial durable. Il permet d’acquérir une maîtrise des méthodologies et outils de gestion de projets, d’analyse des territoires et d’expertise en tourisme, en croisant des dimensions géographiques, économiques, sociologiques et institutionnelles. La formation aborde les grands enjeux du tourisme contemporain, de la valorisation des ressources territoriales à l’élaboration de stratégies de développement, en mobilisant des approches d’observation, de diagnostic, de prospective et d’ingénierie de projets. Elle privilégie la professionnalisation par des ateliers terrain, des séminaires professionnels et un accompagnement du projet personnel, ouvrant des perspectives vers des fonctions d’animateur de développement touristique, chef de projet, chargé d’études ou encore responsable de structures touristiques, à l’échelle locale et internationale.

En savoir plus +

Intégrer le Master 1 Tourisme et Développement

Les candidatures pour la Rentrée de septembre 2026 sont ouvertes sur la plateforme Mon Master.

 

En savoir plus : Candidater à l’ISTHIA

ISTHIA

Site de Toulouse

Campus du Mirail

5 Allées Antonio Machado, 31058 Toulouse Cedex 09

05 61 50 23 68

Site de Foix

Centre Universitaire de l'Ariège Robert Naudi

4 Rue Raoul Lafagette, 09000 Foix

Plan du site de Foix

05 61 02 19 74

Site de Cahors

Centre Universitaire Maurice Faure

273 Av. Henri Martin, 46000 Cahors

05 65 23 46 04

Université de Toulouse

Pin It on Pinterest

isthia
Préambule

Afin d’améliorer votre expérience de navigation. Les cookies fournissent des informations sur la façon dont le site est utilisé: statistiques telles que le nombre de visiteurs, la durée moyenne des visites ou encore le nombre de pages vues. Par ailleurs, la désactivation des cookies risque de vous empêcher d’utiliser certaines fonctionnalités, notamment le partage d’un contenu via les réseaux sociaux.
En cliquant sur "Accepter", vous acceptez l'utilisation de cookies en provenance de ce site ainsi que notre politique de confidentialité.

Vous pouvez ajuster tous vos paramètres de cookies en naviguant dans les onglets à gauche.