ISTHIA
Institut Supérieur du Tourisme de l'hôtellerie et de l'Alimentation
Par Juliane Boistel, le 05/02/2026
Prospective territoriale, transition et pédagogie innovante :
Au cœur du séminaire du Master 2 Tourisme et Développement 2025 / 2026
Du 14 au 16 janvier, les étudiants du Master 2 Tourisme et Développement (TD) ont participé à un séminaire intensif consacré à leur challenge territorial. Un temps fort pédagogique mêlant prospective, intelligence collective et expérimentation d’une méthode développée dans le cadre d’un projet européen transfrontalier.
Rencontre avec Julie Bousquet, encadrante de cet atelier terrain et chargée de mission sur le Projet PITON pour l’ISTHIA – Université Toulouse – Jean Jaurès.
Julie, en janvier dernier, vous avez organisé un séminaire de deux jours pour les étudiants du Master Tourisme et Développement. Quel en était le point de départ ?
Le point de départ, c’était leur challenge territorial, confié cette année par le CESEA de l’Ariège. Il porte sur une réflexion prospective autour du territoire à l’horizon 2050, avec un cadre volontairement très ouvert. Les étudiants ont une grande liberté : choix des thématiques, des méthodes de travail, et même des formes de livrables. L’idée était vraiment de leur dire : « vous faites ce que vous voulez ».
L’idée était vraiment de leur dire : « vous faites ce que vous voulez ».
EN SAVOIR PLUS sur le Challenge territorial des Master 2 Tourisme et Développpement 2025 / 2026
Mais ce séminaire s’inscrit aussi dans un contexte plus large, puisqu’en parallèle nous co-pilotons un projet européen transfrontalier POCTEFA appelé PITON, pour Pyrénées Innovation Transition Holistique de la Montagne.
Justement, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est ce projet PITON et ce qu’il vise à expérimenter ?
PITON accompagne depuis 2024 quatre territoires pilotes de montagne : le Couserans, la Cerdagne, un territoire en Andorre et un en Catalogne espagnole. L’objectif est de concevoir et d’expérimenter une démarche d’accompagnement des territoires dans leurs dynamiques de transition.
EN SAVOIR PLUS sur le projet POCTEFA PITON
Concrètement, sur chaque territoire, nous avons constitué des focus groupes composés de socioprofessionnels, d’élus et d’habitants. Ces groupes se réunissent plusieurs fois sur une année pour construire, collectivement, un état des lieux global du territoire, imaginer un futur désirable, puis identifier des initiatives concrètes pour amorcer des trajectoires de transition.
C’est une démarche progressive, participative, qui cherche à croiser les regards et à appréhender la complexité des territoires, dans une vision holistique et systémique de ce dernier.
Et cette méthode, vous avez choisi de la transposer dans le cadre pédagogique du Master ?
Exactement. Le sujet proposé par le CESEA s’y prêtait particulièrement bien. Notre objectif, en filigrane, était aussi d’éprouver cette démarche dans une déclinaison pédagogique.
Pendant ces trois jours de séminaire, les étudiants ont vécu une version condensée du processus PITON. Là où les territoires pilotes se rencontrent quatre fois sur une année, eux ont traversé l’ensemble des étapes en trois jours : de l’état des lieux à l’imaginaire du futur, jusqu’à l’idéation de premières actions concrètes.
Ils ont travaillé en trois groupes, chacun explorant la thématique qu’ils ont choisie pour aborder leur sujet sur « Ariège 2050 » :
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- l’identité de l’Ariège,
- le patrimoine culturel immatériel et sa transmission à la jeunesse,
- les imaginaires du territoire.
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Ces sujets se sont révélés très complémentaires, et tous ont bénéficié de cette approche globale.
Vous parlez souvent d’approche “holistique” et “systémique”. Qu’entendez-vous par là ?
L’approche holistique vise à comprendre le territoire dans sa globalité, dans toute sa complexité. On ne se limite pas à des thématiques isolées : économie, tourisme, agriculture, environnement, culture… on regarde l’ensemble.
L’approche systémique, elle, s’intéresse aux interactions entre ces éléments. Comment ils se répondent, s’influencent, parfois se contredisent. Ce sont deux notions complémentaires.
C’est cette double lecture qui permet vraiment de comprendre le fonctionnement d’un territoire comme un système vivant, interconnecté.
Comment passe-t-on de réflexions aussi larges à des scénarios concrets et plausibles pour 2050 ?
L’enjeu est justement de rester dans le domaine du plausible, sans basculer dans la science-fiction. Pour cela, tout part d’un état des lieux solide : compréhension fine du territoire, de ses acteurs, de ses dynamiques.
Avec Olivier Erard, consultant du projet PITON qui co-animait le séminaire, nous avons travaillé à partir de ce que l’on appelle des « points de bascule ».
Ce sont des hypothèses de rupture : « et si, en 2050, telle situation extrême mais plausible s’était produite ? ».
À partir de ces extrêmes, les étudiants analysent les conséquences sur le territoire, puis réfléchissent à des trajectoires permettant d’aller vers un futur plus désirable.
A l’issue du séminaire, que reste-t-il concrètement aux étudiants pour la suite de leur challenge ?
Le contrat était clair : ils pouvaient s’en inspirer librement, beaucoup, un peu ou pas du tout. Mais dans les faits, le séminaire les a clairement aidés à approfondir leurs réflexions et à se projeter.
Certains ont vraiment pris goût à travailler sur des problématiques complexes, à croiser les regards, à sortir d’une vision sectorielle. Ils repartent avec énormément de matière, d’idées, de pistes de réflexion.
Ce qui en ressortira précisément se verra lors de la restitution finale.
Qu’attend précisément le CESEA de cette restitution ?
Avant tout, « de la matière à réflexion » pour les élus du territoire. Les attendus sont volontairement très ouverts : sur les contenus, les formats, les propositions.
Cette liberté est à la fois une richesse et une difficulté pour les étudiants, qui doivent faire des choix dans un cadre extrêmement large.
Nous leur avons simplement suggéré, au vu de la complémentarité de leurs travaux, de penser une production commune en trois « chapitres » cohérents. Mais là encore, c’est une proposition, pas une obligation.
Que retenez-vous de cette expérimentation ?
Ce qui me frappe toujours, c’est la puissance de l’approche holistique pour comprendre la complexité territoriale. Elle permet de faire émerger des enjeux parfois sous-estimés.
Un exemple très parlant est celui de l’agriculture. Dans une lecture strictement thématique, elle peut sembler marginale en termes d’emplois ou de poids économique. Mais dans une approche systémique, elle apparaît comme structurante pour les paysages, l’identité, l’attractivité et l’équilibre du territoire.
Pédagogiquement, le séminaire a très bien fonctionné avec des étudiants de Master 2, en fin de parcours, prêts à ce type d’intensité intellectuelle. Cela ouvre aussi des perspectives pour d’autres niveaux de formation.
Peut-on dire que ce séminaire relevait d’un exercice de prospective territoriale ?
Oui, clairement. Et c’est même fondamental pour les métiers auxquels se destinent nos étudiants.
Beaucoup travailleront sur le développement des territoires, sur des stratégies, des projets à long terme. Or penser une stratégie, c’est forcément se projeter dans le futur.
Les démarches prospectives, classiques ou plus innovantes comme celle que nous expérimentons, permettent justement de construire des visions de long terme.
Dans le contexte des transitions, on sait aujourd’hui assez bien produire des diagnostics. Ce qui manque souvent, c’est un imaginaire collectif du « vers où on veut aller ». La démarche PITON vise précisément à construire cet horizon désirable à l’échelle d’un territoire, à partir d’un petit collectif, avant de réfléchir à sa diffusion plus large.
© Photos : Hélène Canal
[Evénement financé dans le cadre du POCTEFA PITON, projet de coopération transfrontalière portant sur la transition des territoires de montagne. Le projet PITON est co-piloté par l’Agence des Pyrénées et l’ISTHIA-UT2J, aux côtés de 8 partenaires français, espagnols et andorran : INEFC, Andorra Recerca + Innovació | Andorra Research + Innovation, Réseau Education Pyrénées Vivantes, CIPRA France, COMMUNAUTE DE COMMUNES COUSERANS-PYRENEES, Département des Pyrénées-Orientales, Agència Catalana de Turisme / Catalan Tourist Board, Ferrocarrils de la Generalitat de Catalunya
Le projet PITON est cofinancé à 65% par l’Union Européenne à travers le Programme Interreg VI-A Espagne-France-Andorre (POCTEFA 2021-2027). L’objectif du POCTEFA est de renforcer l’intégration économique et sociale de la zone frontalière Espagne-France-Andorre.
Interreg POCTEFA – Communauté de Travail des Pyrénées]
L’objectif du POCTEFA est de renforcer l’intégration économique et sociale de la zone frontalière Espagne France Andorre.
ZOOM SUR LE MASTER TD
Le Master Tourisme et Développement (TD), proposé par l’ISTHIA – Université Toulouse – Jean Jaurès sur son campus de Foix, forme des professionnels capables de concevoir, conduire et accompagner des projets touristiques intégrés dans des dynamiques de développement territorial durable. Il permet d’acquérir une maîtrise des méthodologies et outils de gestion de projets, d’analyse des territoires et d’expertise en tourisme, en croisant des dimensions géographiques, économiques, sociologiques et institutionnelles. La formation aborde les grands enjeux du tourisme contemporain, de la valorisation des ressources territoriales à l’élaboration de stratégies de développement, en mobilisant des approches d’observation, de diagnostic, de prospective et d’ingénierie de projets. Elle privilégie la professionnalisation par des ateliers terrain, des séminaires professionnels et un accompagnement du projet personnel, ouvrant des perspectives vers des fonctions d’animateur de développement touristique, chef de projet, chargé d’études ou encore responsable de structures touristiques, à l’échelle locale et internationale.
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Les candidatures pour la Rentrée de septembre 2026 sont ouvertes sur la plateforme Mon Master.
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